Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   2 avril 2006

Affaire de fiches


En 1989, la fameuse affaire des fiches fit un bruit terrible, passionnant les politiques, la presse et l’opinion publique.

Bien avant les écoutes téléphoniques ordonnées par le gouvernement Bush, et, plus lointaines, celles organisées par François Mitterrand, des dizaines de milliers de Suisses, pas seulement des personnalités, furent espionnées et fichées dans leur propre pays, pendant des années. Leurs voyages, leurs relations et tous les aspects de leurs vies étaient notés par des milliers de policiers, en vue, théoriquement, d’éviter d’éventuelles “conspirations“, avant tout une prise de pouvoir révolutionnaire pro-communiste…

Ce fut un scandale, et pourtant, cela n’est rien du tout en comparaison avec ce qui est en train de se développer, en particulier depuis le 11 septembre, sans que cela n’ait permis de déjouer les attentats de Madrid, Charm El Cheikh, Bali, Londres, etc.

Les moyens policiers deviennent inimaginables. Le meilleur exemple est britannique, le ANPR (Automatic Number Plate Recognition) permet de repérer toutes les plaques d’immatriculation de toutes les voitures circulant en Grande-Bretagne… Il est déjà possible de lire 35 millions de plaques minéralogiques quotidiennement, pour un archivage de 2 ans, qui passera bientôt à 100 millions de plaques par jour, stockées durant 5 ans. Un immense réseau d’observation de stations services, de parkings de supermarchés et routes a été bâti, avec un budget de 50 millions de francs.

En Suisse, les passeports biométriques seront bientôt disponibles. Ils coûteront Fr. 250.--, mais surtout contiendront des données nouvelles, sur des caractéristiques physiques, comme les empreintes digitales ou encore sur le visage ou l’iris. Cette nouvelle technologie permettra de comparer électroniquement, sans le moindre doute, la photo saisie dans les papiers d’identité et la personne qui les présente.

Les disques durs des ordinateurs contiennent les moindres secrets de nos correspondances ou consultations internet. Nos portables permettent de remonter à toutes les conversations que nous avons eues. Les cartes de crédit regorgent d’informations. D’ici peu, Yahoo, Microsoft et Google recueilleront des données incroyables sur nos intérêts, nos amis, nos déplacements, nos courriers, etc.

Et pourtant, j’en ai précédemment parlé, dans cette rubrique le 13 nov. 2005 : le crime continue de payer. Les voleurs ont 95 chances sur 100 de ne pas se faire prendre ! Les non-déclarations des infractions sont la règle, et le taux d’élucidation des délits est des plus dérisoire.

On assiste donc à un grand écart. D’un côté, des réseaux techniques qui se développent au maximum et limitent notre intimité. A l’extrême, les grandes oreilles de la NSA (National Security Agency) avec son système d’écoute Echelon, et même les tortures à Guatanamo et Abou Ghraïb. Mais cela ne change pas grand-chose : Ben Laden, entre autres, court toujours…


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