Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   26.06.05

De l'architecture et de la laideur


Michael Schumacher (environ 100 millions de revenus annuels) fait bâtir une sorte de «château» dans un site idyllique à Gland. Et il s'exhibe avec les plans de façade de son «palais». Du mauvais goût très sûr , alors que l'habile pilote pourrait s'offrir les architectes les plus cotés du monde.

La Suisse possède à Berlin une belle ambassade d'avant-guerre, préservée des bombardements de 1945, à quelques pas du Reichstag. L'édifice a certes échappé aux bombes, mais pas au massacre réalisé par la construction d'une annexe (pourtant signée Diener & Diener) sous la forme d'un blockhaus de béton, alors qu'il aurait fallu une construction en verre ultra légère, afin de préserver le premier immeuble.

A Lausanne, un «jury» trouve moyen de couronner un projet-muraille blanc pour l'éventuel musée d'Ouchy. Alors que la seule façon de tenter de rentabiliser un musée des Beaux-Arts est de prévoir un contenant à couper le souffle pour «faire passer» le contenu : un bâtiment emblématique à la Guggenheim de Bilbao ou de New York, ou du genre du Kongresshaus de Lucerne au bord de l'eau, de l'architecte Jean Nouvel , avec sa formidable marquise, ou encore de la construction conçue par Renzo Piano à Bâle pour le musée Ernst Beyeler.

Bref, mais à quoi pensent certains de nos concepteurs helvétiques qui vont jusqu'à décider de dépenser un milliard pour une exposition nationale, en s'efforçant de ne laisser aucune trace pour les générations à venir??? Pas la moindre Tour Eiffel , qui reste le monument le plus visité au monde...

Mais que font nombre de nos architectes qui ont perdu le sens du beau, de l'audace, de l'inventivité et qui affligent notre environnement de laideur ou de banalité ?

Il me semble que cela participe de l'esprit de déclin qui est particulièrement saillant dans les banlieues bordées de supermarchés qui vendent la même camelote que les hangars industriels les abritant.

En Angleterre, aux Etats-Unis et dans les grandes métropoles asiatiques, on trouve de grands centres commerciaux conçus avec originalité et panache.

Il serait dommage qu'à force de laideur et de banalité, le public développe une certaine indifférence vis-à-vis du paysage urbain, car cela ne l'incitera ni à le regretter, ni à le fréquenter. Nos villes y perdraient un dynamisme indispensable.

 

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