Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   18 octobre 2009



Contre les boycotts

Les politiciens comprendront-ils un jour que les boycotts des dictatures ne font pas tomber les gouvernements autoritaires, mais souffrir les peuples?

Deux exemples: ce ne sont pas les sanctions qui ont fait chuter Saddam Hussein, et, après cinquante ans de pouvoir castriste, le blocus américain n’a abouti à rien, si ce n’est d’empêcher une ouverture de la Havanne.

De même avec la Birmanie. Le textile du pays est acheté moins cher parce qu’il doit être rebaptisé thaïlandais. Les nouveaux gisements de gaz ne sont plus pour le français Total, mais pour la Chine. Et le tourisme ayant chuté de 70%, toute une activité est paralysée. Or le Myanmar dispose des plus beaux sites de la planète. Son peuple est le plus aimable du monde. Et pas de criminalité!

Une ONG française le relève: le boycott est contre-productif. La junte au pouvoir est bien sûr lamentable. Les dictatures voisines, la Chine, le Vietnam ont au moins l’avantage d’être économiquement efficace. Mais tout est plus compliqué qu’on nous le présente.

Une nouvelle capitale, Naypyidaw. Oui, mais c’est la onzième fois que le pays change de capitale!

Le problème des minorités ethniques est géant. La menace de l’absorption du pays, peu à peu, par la Chine, est énorme. Un Myanmar faible, avec une population de 50 millions, face à plus de 1 milliard de Chinois qui infiltrent le pays. Même la très charismatique Aung San Suu Ky ne pourrait guère résister aux énormes pressions subies par la Birmanie. Et lors de la terrible révolte de Rangoon, causée par le doublement du prix de l’essence, elle n’a pas pris la tête des moines bouddhistes, ce qui pouvait faire tomber le régime. Finalement, la junte n’a rien trouvé de mieux que de balayer la rue par un corps d’armée de l’ethnie Chan, venu de la frontière, des chrétiens drogués, qui ont cassé l’insurrection.

C’est vrai, c’est un peu compliqué l’Asie…




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