Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   23.11.03

Cher Maître

L'excellent quotidien économique l'Agefi a révélé récemment que les coûts des avocats qui interviennent sur les affaires de la BCGe et de la BCV atteindront la somme faramineuse de 40 à 60 millions de francs, à coup de 400 à 500 Fr. l'heure.

J'espère que la demi-douzaine de mes très chers amis avocats ne me tiendront pas rigueur d'écrire que les sommes en question sont du délire et font désordre. Et qu'elles ne représentent aucun investissement, plus-value, création de richesses pour la communauté.

Bien sûr, nos Maîtres, petits et grands, sont nécessaires à l'exercice de la justice. Et, on le voit bien, par défaut, dans les pays où ils ne peuvent pas opérer, ou là où ils sont les marionnettes du pouvoir: leur absence est terrible pour les droits de l'Homme.

Mais tout de même, ajouté à ces déconvenues financières bancaires (en l'occurrence payées par les contribuables genevois et vaudois), des frais d'avocats si extravagants créent un malaise de plus.

Déjà, certains hommes en robe noire attisent des conflits qui pourraient être calmés. Conseillent parfois des actions qui sont pratiquement perdues d'avance. Les tribunaux sont encombrés d'"affaires" qui auraient pu être réglées directement entre les intéressés, alors que l'homme de lois aurait pu, aurait conseiller à son client, en insistant au besoin, une transaction, partant de l'adage populaire "un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès".

Mark H. McCormack, qui a créé l'empire mondial de gestion de droits des vedettes allait dans ce sens en écrivant en substance: " il veut mieux prendre un avion à New York tôt le matin pour rencontrer son adversaire à Los Angeles dans la journée, afin de régler si possible définitivement un litige, ce qui coûte une journée de travail et un billet d'avion, plutôt que de faire traîner plusieurs années un procès, souvent incertain, qui bloque des affaires, et qui parfois, amène à y penser même pendant ses loisirs, au lieu d'en bénéficier en paix ."

Chaque profession, chaque corporation doit bien obtenir une rémunération décente, évidemment. Mais "le système" dérape à coup sûr lorsqu'il s'agit de dépenser environ 50 millions de plus pour des affaires pourries, sachant d'avance, de plus, que les inculpés ne seront condamnés, au pire, qu'avec sursis.

Ajoutons à ce tableau la lenteur de la justice. Par exemple, "l'affaire Stäubli" a débuté en 1995. Nous sommes en 2003. Même si ce dossier est ardu, qui peut nous faire croire qu'il faut une dizaine d'années pour traiter ce cas. Alors que pour juger des dossiers, bien plus complexes comme ceux des crimes ethniques de Bosnie, Serbie, Croatie, le tribunal de La Haye est deux ou trois fois plus rapide. Cela est aussi extravagant.

 

Réagir à cet article