Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   13.02.05

Clandestinos

Ils sont des dizaines de millions de par le monde. Plus de 800'000 en Espagne, entre 130'000 et 250'000 en Suisse selon les estimations, des millions aux Etats-Unis.

La question qu'on se pose aujourd'hui en Suisse à leur propos n'est donc pas du tout originale. Il est possible d'avoir trois positions à ce sujet:

La première, plus ou moins blochérienne, consiste à vouloir les expulser. La seconde, c'est la légalisation. C'est ce qu'est en train de faire l'Espagne et c'est aussi ce que préconise le gouvernement genevois. La dernière, le statu quo, c'est-à-dire les laisser dans la situation de non droit actuel.

On doit absolument exclure l'expulsion, qui serait et inhumaine pour tous ces gens forcés à l'exil, et gravement pénalisante pour les employeurs, qui n'y ont recours que par défaut...

La légalisation n'est guère réalisable, hélas ou pas. Nos lois n'évolueront pas de si tôt. Certains partis y sont trop hostiles. Et notre gouvernement n'est pas aussi fort qu'en Espagne. Enfin, ne l'oublions pas, cela rendrait ces emplois bas de gamme souvent impossibles à payer.

Reste donc le statu quo, avec deux sortes de clandestins : ceux qui le sont totalement et, mieux, d'autres déclarés «au gris», c'est-à-dire avec les assurances, impôts et AVS déduits comme pour les travailleurs légaux.

Quels sont les bienfaits à poursuivre, certes hypocritement, comme jusqu'ici ? A part pour quelques cas extrêmes d'exploitation, les avantages sont multiples :

Le phénomène est une véritable DDC bis (coopération au développement). Le calcul est vite fait. En effet, environ 200'000 clandestins à disons au moins Fr. 3'000.- par mois égale dans les 7 milliards par an. Sur ces 7 milliards, facilement 2 ou 3 milliards partent en Amérique du Sud, aux Philippines, etc. pour les familles des clandestins !!! C'est tout simplement remarquable ! Et c'est une aide sans aucun «coulage».

D'autre part, une femme de ménage clandestine permet à nombre de femmes suisses avec enfants d'aller travailler, ce qui est un autre bienfait pour elle-même et l'économie.

Nombre de travaux non gratifiants dans les arrières de restaurants, par exemple, sont faits par des clandestins, qui permettent à des petites entreprises de tout juste tourner ou/et de disposer de quelqu'un qui accepte un travail que la plupart des Européens refusent, sans parler des Suisses. C'est donc encore un bienfait.

Faute de place, je ne pourrai développer plus loin ce sujet passionnant. Je le conclus par Viva los clandestinos, qui apportent un souffle, un peu d'huile dans les rouages d'une société bloquée par un arsenal de lois souvent trop rigides.

 

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