Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   7 décembre 2008

Criminalité, on vous raconte n’importe quoi!

Un contrôleur CFF est tabassé par cinq jeunes gens et ses assaillants, miraculeusement arrêtés, sont libérés après 3 heures. Nos routes sont des pistes de rodéo pour quelques-uns, au point de tuer des innocents. Un libraire genevois est témoin d’incroyables agressions chaque semaine, dans sa rue voisine de la gare. Une poste est attaquée à visage découvert etc, etc. Pour une fois quelques événements de ce genre sont mis en évidence ces jours dans les médias. Cela fait un petit contraste avec les déclarations béates du chef de la police neuchâteloise Olivier Guéniat, chouchou de certains politiciens et médias parce qu’il veut nous faire croire que la criminalité n’est pas pire aujourd’hui que par le passé. Mais qu’en est-il réellement? C’est très simple, la sécurité s’est en fait gravement dégradée ces dernières années. Mais elle n’est pas présentée comme il convient.

Le point principal, ce sont les statistiques. Les Français ont deux formules pour mesurer ce problème. D’une part, les dépôts de plaintes à la police qui donnent lieu à un procès-verbal. Et d’autre part, les enquêtes de «l’Observatoire de la délinquance». Le verdict de cette instance est édifiant. «Moins de 20% des actes de violence ont fait l’objet d’une plainte en 2007». Cela fait quatre actions de violence sur cinq non déclarées. Pour les cambriolages, alors que là les assurances sont en jeu, il y aurait 40% des délits non déclarés! C’est-à-dire non poursuivis!

La différence entre le triomphalisme policier et la vérité est effarante. Par peur ou par lassitude, des agressions ne sont tout simplement pas dénoncées. En Suisse, il en est de même. Ainsi, les drogues dures sont en vente libres par un groupe de 15 à 20 dealers, tous les vendredis et samedis soirs, place St-François à Lausanne. Lorsque ma voiture est rayée, je ne dépose plus plainte. Ma fille de 18 ans est agressée: elle ne dit rien. Les policiers restent hardis pour un parking de quelques minutes sur un trottoir, mais ils ne s’aventurent plus jamais seuls pour nombre d’interventions: il est arrivé ici que leur véhicule soit retourné, ou mis à feu, sans que cela soit dit. Et bien entendu, la stupide nouvelle loi des «jours amendes» ne fait peur à aucun abonné à la délinquance: ils ne déclarent pas de revenu…

C’est épatant: on s’habitue…

Réagir à cet article