Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche    9 septembre 2007

"Je suis désolé"

Impossible de regarder un film, une série TV, en particulier américaine, sans entendre plusieurs fois l'expression "je suis désolé". Même les coureurs cyclistes s'adonnent à la mode des aveux publics, après avoir farouchement nié toute implication dans les affaires de dopage.

Ces paroles de contrition viennent rejoindre la multitude des excuses publiques ou privées que certains croient nécessaire de formuler à tout bout de champ.

S'il s'agit d'actualité, les "coupables" feraient mieux de se contrôler avant d'avoir fait ou dit une bêtise. N'est-il pas un peu trop facile de s'excuser après coup plutôt que de réfléchir aux conséquences d'une action avant de la commettre?

Quant au passé, comment peut-on faire ou exiger de nous des mea-culpa pour des agissements que nous n'avons pas commis nous-mêmes?
La culpabilité collective infinie n'a pas de raison d'être. Il est extrêmement malsain que des frères, des soeurs, des enfants, des petits-enfants de traîtres ou de malfaiteurs soient entachés par les méfaits de leurs proches.

Sauf à être hypocrites comme certains, nous devrions partir de l'idée que nous ne pouvons pas continuellement nous sentir navrés et être tenus responsables pour les exactions des envahisseurs, des colons, des croisés, des conquistadors et autres criminels.

Les individus, voire les peuples, n'ont-ils pas droit à la prescription pour les actes de leurs ancêtres?

La culpabilité n'engendre-t-elle pas elle-même un grand nombre de débordements en tout genre, relançant ainsi perpétuellement les regrets? N'est-il pas temps de retenir les leçons de l'histoire et d'avancer en tenant compte du passé plutôt que de commettre indéfiniment les mêmes erreurs et de s'en sentir responsables indéfiniment?

Le pardon existe, l'absolution aussi. La fameuse commission sud-africaine, «vérité et réconciliation» , est une leçon à retenir. Il est temps de s'en souvenir en cessant d'entretenir constamment des processus d'expiation, qui ne font avancer ni la victime, ni le bourreau.



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