Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   01.08.04

L'Europe ! L'Europe !

Il est de bon ton de critiquer l'Europe qui est en marche. On peut certes ne pas approuver tout ce qui se passe. Ou ne se passe pas. On peut bien sûr espérer mieux ou autre chose, ou encore un autre rythme. Mais il convient, avec un tout petit peu de recul, d'apprécier le fabuleux chemin déjà parcouru.

Que reproche-t-on à cette construction?

De ne pas ressembler aux Etats-Unis? Mais pourquoi le devrait-elle? Nous avons une histoire qui n'est absolument pas comparable, une multitude de langues, un démarrage à une autre époque, et une puissance pour l'instant inférieure. Il n'y a donc rien de semblable et l'union d'états européens ne peut se faire que d'une autre façon.

D'être relativement centraliste? Mais ne devrait-on pas plutôt se féliciter que le nombre de fonctionnaires qui gère une entité si gigantesque soit extrêmement réduit, dans les 20'000?

De ne pas susciter d'enthousiasme et un véritable esprit européen? Il n'y a rien de plus normal. Il faudra encore beaucoup de temps pour que la monnaie unique soit utilisée par tous les membres de l'Union européenne, pour qu'il y ait une défense commune, une politique étrangère cohérente. Encore plus que pour les états des USA, nos différences ne peuvent être balayées?. Le statut d'Européen ne peut être qu'un lien supplémentaire . Cela n'est certainement pas dérangeant.

D'avoir besoin des Etats-Unis pour intervenir dans le monde ? Mais la bonne question n'est-elle pas: doit-on systématiquement intervenir? Les épisodes afghans et irakiens sont-ils une réussite ? Les quelques gouvernements européens qui ont décidé de rallier la prétendue « coalition » ont-ils fait le bon choix ? La réponse est assez claire.

D'être trop socialisante ou trop libérale, selon le point de vue? En vérité, l'Europe d'aujourd'hui correspond assez bien à une moyenne des sensibilités. Elle n'a rien d'extrémiste et c'est tant mieux.

Venons-en pour rappel aux aspects positifs:

Si l'Europe n'était pas devenu ce vaste chantier, on ne pourrait pas parler de trois pôles mondiaux pour le siècle en cours, les Etats-Unis, la Chine et l'Europe. Des grands pays comme l'Allemagne et la France, isolés, seraient totalement marginalisés. Au sein de l'entité européenne, ils peuvent conserver et développer leurs forces.

Pendant des siècles, ou plutôt des millénaires, l'Europe était en guerre intestine. L'apport de l'Union est immense sur ce plan, puisque l'on peut raisonnablement penser qu'il n'y aura plus jamais de conflit majeur sur notre continent. C'est une assurance dont nous ne devons jamais oublier l'importance.
La monnaie unique, de son côté, apporte une stabilité et un accroissement des échanges internes qui est tout à fait exceptionnel. Et cette monnaie commence à prendre de l'importance sur le plan mondial.

Bref, en ce 1 er août, ne devons-nous pas méditer sur un point: si rejoindre l'union n'est pas nécessairement notre intérêt immédiat, nous nous devons d'adhérer à notre continent, et non pas faire longtemps tache, comme l'Albanie et la Serbie...



Réagir à cet article