Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   11 février 2007

Les experts

Les « Experts », ce n’est pas seulement une série TV à la mode. C’est une aussi une nouvelle élite technocratique qui se répand dans les médias et nous dit souvent des sottises. Un exemple au hasard, nombreux sont ceux qui voyaient un nouveau Moyen-Orient en paix après une bonne guerre en Irak…

Oracle moderne, l’Expert s’exprime sur du volatile, mais aussi du concret : il existe par exemple des experts en minerai. En Suisse romande, nous avons un expert en métal, plus ou moins précieux. Le très grand professeur Thomas von Ungern-Sternberg de HEC Lausanne est en effet un fameux connaisseur de l’or. Depuis plus de dix ans, il fourni des avis définitifs sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire de l’or de la Banque Nationale Suisse. Sans oublier de donner, au passage, quelques leçons aux autres banques, notamment à la BCV dont il est un des contempteurs réguliers, malgré sa santé retrouvée.

Dans ses sermons aux dirigeants de la BNS, ces « stratèges... si mauvais », Thomas von Ungern fustige leur manie de stocker des tonnes d’or inutile. Il les enjoint à vendre l’entier (2600 tonnes) de nos réserves le plus rapidement possible. En 2002 encore, après que la BNS a malheureusement suivi son conseil – partagé par d’autres il est vrai - et commencé de vendre 1300 tonnes d’or, il réclame la vente de la moitié restante : selon notre expert, l’or est à la baisse et le stock de la BNS va se déprécier de 200 millions par année...

En réalité, la « vision » du spécialiste nous a potentiellement fait perdre CHF 11,4 milliards. Et si les « mauvais stratèges » de la BNS l’avaient suivi en soldant la réserve d’or en 2002, nous aurions perdu le double de cette somme déjà extravagante, dans les 23 milliards!

Voyons les chiffres d’un peu plus près : entre 2000 et 2004, période où la BNS a réalisé la vente de ses 1300 tonnes d’or prétendument « excédentaires », le cours du kilo de métal jaune se situait de manière stable entre CHF 14'500 et 16'500. L’opération a rapporté CHF 21,1 milliard à la Confédération et aux cantons. Le prix moyen de vente était donc d’un peu plus de CHF 16'000 par kilo.

Aujourd’hui (fin 2006), le kilo d’or vaut près de CHF 25'000. Si la vente des 1300 tonnes d’or débutait maintenant en s’étalant sur une période de quatre ans aussi stable que celle de 2000-2004, l’opération rapporterait CHF 32,5 milliards. La moins-value réalisée sur le conseil pressant de notre expert se monterait donc à CHF 11,4 milliards.

Le professeur von Ungern-Sternberg était vraiment très remonté contre la BNS en 2002. Il a la dent aussi dure que ses prévisions sont fausses.« Cette banque est une vache sacrée en Suisse. Quand elle fait meuh. Tout le monde estime que c’est un meuh intelligent » ricanait-il en conseillant à ladite vache de placer l’argent de la vente du solde d’or à 5%. On sait ce qu’il est entre temps advenu des taux d’intérêts qui ont durablement baissé. Cela non plus, notre expert ne l’avait pas prévu. Ce qui tendrait à prouver que les mauvais experts en métal sont également de mauvais experts en taux...

Et cela vient d’un enseignant, théoriquement de haut vol, payé par l’Etat…



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