Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   17.04.05

Faut-il « cafter » ?


J'avais déjà entrepris d'évoquer la question de la délation , lorsqu'un récent débat par magazines interposés vint développer le sujet. Mais ce thème reste d'actualité et me tient à coeur pour cette chronique:

Tout commence à l'école, microcosme représentatif de notre société. Le maître a un peu le rôle que prendront les institutions, la police et la justice par la suite, et les petits camarades représentent la population. Comme dans la vraie vie, certains trichent, « pougnent ». D'autres dénoncent, mouchardent, caftent, balancent.

Ces comportements se retrouvent à l'âge adulte, que cela soit dans le monde professionnel ou personnel. La presse va relayer ou initier nombre de cas, en dénonçant et accusant. Des vies, des carrières pourront être brisées. Dans des cas extrêmes, et l'histoire en fourmille, les balances et les corbeaux ont permis jusqu'à des crimes contre l'humanité, d'où un certain rejet salutaire de ce type de comportement.   Il est également à noter que, suivant les latitudes, l'appréciation du civisme ou prétendu tel est totalement différente. En France, par exemple, la « collaboration » entre les autorités en place a, depuis 1939, une connotation désastreuse, tandis qu'en Suède ou aux Etats-Unis, une grande partie de la population est « flic » dans les faits.

Et certaines lois vont dans ce sens, comme l'américaine Sarbanes-Oxley. Elles appellent ou plus ps?récisément obligent à la délation, depuis 2002, le personnel des entreprises.

Nous sommes là, selon certains, aux antipodes de l'appréciation corse de ce genre de situation. En fait, sur l'Ile de Beauté, c'est bien plus la terreur des mafieux qui rend la population taiseuse (la fameuse omerta ) bien plus que la mentalité...

Venons-en à la question cruciale. Devons-nous dénoncer ce qui nous apparaît comme illégal ? Cela devrait-il être systématique ? Ou circonstanciel ? Evidemment, la réponse n'est pas facile, puisqu'elle ne peut pas être standard. Suivant les appartenances, les clans, les partis, les intérêts, les amitiés, on ne va jamais agir d'une manière uniforme. Dans le doute, on devrait tout d'abord s'abstenir. Ensuite, les petitesses, les mesquineries, les bassesses devraient être exclues de toute dénonciation. Seuls un intérêt collectif majeur, la prévention de crimes, un danger réel et imminent peuvent justifier de rompre la solidarité humaine qui devrait nous guider, celle-là même qui nous fait fermer les yeux devant les voleurs de pommes...

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