Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   12.12.04

Hirschhorn, alerte !

«L'affaire» Hirschhorn comporte plusieurs aspects.

L'oeuvre elle-même, qui est selon plusieurs critiques un banal remake de ce que faisait déjà Josef Beuys et Cie il y a des dizaines d'années, en moins créatif, soit des collages de photos, journaux, sprayages, rubans adhésifs, vidéos et gadgets. Cela plaît à un minuscule public, guère à tout le monde, voir ci-dessous.

La polémique profite en premier à l'artiste, hier connu des seuls milieux branchés, aujourd'hui largement médiatisé.

L'aspect politique, certains prétendant profiter de l'occasion pour diminuer un budget culturel qui, s'il est souvent mal réparti au profit de quelques coteries, devrait plutôt être fortement augmenté que diminué.

La seule question qu'on peut tout de même se poser est de savoir si c'est à l'Etat de payer sa propre contestation. On peut dire oui. Il n'est pas interdit de penser le contraire. Mais surtout, et c'est là l'essentiel, le propos de M. Hirschhorn est-il juste, logique, a-t-il un sens? Et là, le bas blesse.

Cet artiste prétend contester la démocratie, suisse en particulier. Mais que propose-t-il d'autre, concrètement ? Préfère-t-il le fascisme ? Sait-il même ce dont il s'agit ? Ou voudrait-il un retour au bon vieux communisme ? Tout cela n'est pas sérieux. Nous devons, fortement, défendre la démocratie, avec ses imperfections. Nous devons nous dresser contre toute contestation de ce système, bien connu comme définitivement le moins mauvais. Et nous devons bien admettre, même quand cela nous dérange, qu'un affairiste comme Berlusconi, qui n'a jamais créé de vraies valeurs, a bien été élu démocratiquement. Un George Bush II, dont le programme n'était pas du tout mystérieux, a été plébiscité par son peuple. Et pour faire couleur locale, un Christoph Blocher correspond à un électorat, peut-être ultraconservateur, nationaliste, mais en aucun cas nazi, comme certains voudraient le faire croire.

La Suisse et son gouvernement ont bien des défauts. Les électeurs, les partis, la presse ont maintes occasions de lourdes déceptions. Mais notre gouvernement n'est pas celui de la Corée du Nord ou du Rwanda. Lorsque Hirschhorn refuse d'exposer en Suisse, il procède d'une gesticulation ridicule que nous ne devrions pas prendre un instant au sérieux.

Revenons donc à un peu de sérénité: vive la démocratie!

P.S: Le seul article français paru au sujet de cette exposition, signé par Mathilde La Bardonnie de Libération, la décrit comme «assez horrible. L'installation donne l'impression qu'après ça, il faudra refaire le Centre culturel! C'est vraiment un peu crade...». Et Michel Beuret ajoute dans L'Hebdo: «la culture suisse? Non, un squat! Des cartons roses et jaunes tapissent les murs. Les fauteuils ont été emballés d'adhésifs de chantier...»



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