Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   22 janvier 2006

L’Iran est-il dangereux ?

L’Iran du jeune Président Mahmoud Ahmadinjad est-il dangereux? Faut-il que les Etats- Unis ou Israël bombardent les installations nucléaires de ce pays? Les déclarations antisémites et négationnistes du chef de l’Etat ont-elles une portée pratique? Ce sont des questions importantes pour 2006 et les années à venir.

Tout d’abord, un bref retour sur l’histoire.

Le Shah d’Iran, Mohammed Rezâ Pahlavi, était tout sauf un démocrate. Et sa police politique, la trop fameuse Savak, était féroce, face aux opposants, (il est vrai fanatiques), de gauche ou religieux. Cela irritait tellement l’opinion occidentale que, d’une seule voix, la presse européenne le diabolisa, oubliant la modernité et les réformes qui dérangeaient le clergé shiite. Et les Etats-Unis le lâchèrent lamentablement.

1978 vit donc l’arrivée de l’Ayatollah Khomeyni qui avait pourtant clairement annoncé la couleur dans une sorte de Mein Kampf, très clair. Les mollahs prirent le pouvoir, qu’ils détiennent depuis bientôt 30 ans.

Régulièrement un reportage nous montre une (toute petite) partie de la jeunesse de Téhéran, avide d’ouverture. Sans expliquer que l’écrasante majorité de ce pays de plus de 70 millions d’habitants est acquise aux théocrates musulmans. Israël ou l’Europe doivent-ils pour autant redouter la fabrication mais surtout l’utilisation d’éventuelles armes atomiques? On est là en plein fantasme.

Les bombes « A » pakistanaises, celles-là bien opérationnelles aujourd’hui et qui dépendent d’un dictateur pro-occidental, le président Mousharaf, sont bien plus potentiellement dangereuses, en cas de renversement du pouvoir actuel très contesté à Karachi.

« L’affaire » des centrales nucléaires nous aveugle et l’Iran serait « vitrifié » sous la riposte en cas de velléité belliqueuse, si, peut-être, dans quelques années, l’Iran disposait de bombes vraiment utilisables dans un long rayon d’action.

Le problème qui se pose est ailleurs: le pétrole donne de très gros moyens au pays du défunt Ayatollah Khomeyni. Cela ne permet pas seulement de financer les milices du Hezbollah du Liban sud et des plaines de la Beka. Mais cet argent peut arroser des réseaux parallèles à ceux se réclamant d’Al-Quaïda et leur permettre de se développer.

Que faire? En Iran comme en Irak, les Américains et les Européens ont depuis longtemps et récemment favorisé les religieux et non pas les laïcs, seuls en mesure de permettre un statut acceptable pour les femmes, les homosexuels, les minorités, les étudiants, bref, l’ouverture au monde. On est bien mal partis…



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