Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin Dimanche   18 décembre 2005


D’un King Kong à l’autre


Pour être à la mode, on se doit presque d’être overbooké, stressé juste avant d’être au bout du rouleau, au bord de la crise de nerfs, donc burnout, bref victime de la société, de la pollution, des autres, des collègues, des petits chefs, des horribles temps que nous sommes en train de vivre.

Cela fait quelques bons articles : « Comment supporter son patron» ou encore, «Le moyen de mettre 10 heures dans 60 minutes».

Toutes les sortes de psychiatres et psychologues sont pris d’assaut.

Les tribunaux, qui n’ont aucune affaire criminelle à se mettre sous la dent, ont enfin quelque chose d’important à prendre en main: le mobbing.

Et nous devons plaindre les victimes de notre misérable société, qui n’est décidemment faite que d’injustices atroces.

Plus sérieusement, quelle est la réalité de notre environnement? King Kong, numéro 3, revient sur nos écrans et fait à nouveau frémir! C’est l’occasion de nous rappeler qu’à l’époque de la sortie du 1erKing Kong, d’Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, en 1933, il y avait 25% de chômage aux Etats Unis. Le président Roosevelt avait même ordonné la fermeture de toutes les banques, pour cause de crise économique. Les prestations sociales étaient quasi inexistantes. Les vacances payées, ce n’était pas cinq semaines, ni quatre, pas trois, même pas deux, mais zéro. Les semaines de travail, plus de cinquante heures et non pas trente-cinq ou quarante. Les soins médicaux extrêmement sommaires, les antibiotiques, entre autres, n’existaient pas. La mortalité infantile était considérable. Les loisirs étaient un privilège. Le Père Noël, dans ses bons jours, vous gratifiait d’une orange.

Un quart de la population était sans emploi, et non pas 4 à 10% comme actuellement en Europe.
Easy Jet n’emmenait pas les gens partout pour cent francs. Les sports d’hiver ou d’été, les bords de mer ne s’offraient qu’aux riches. Pas de petits week-ends à portée de chacun. L’espérance de vie était très basse. La majorité des femmes ne travaillait pas… Les guerres et les massacres à venir effrayants.

Bref, c’était le paradis terrestre… et nous vivons présentement l’enfer! Surtout, surtout, à force de nous raconter des sottises, de nous obliger à être malheureux, on va finir par y croire. Sauf pour quelques résistants, qui mettent les prophètes de malheur sur le même pied que les rajas prétendant sauver Genève et d’autres villes en les rasant avant de les reconstruire avec une orientation enfin favorable…



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