Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   05.09.04

La Suisse se vend mal

On évoque régulièrement le déclin constant de l'industrie du tourisme en Suisse. Mais les tentatives d'explication ou les moyens d'y remédier nous échappent, puisque la situation dure depuis plusieurs années.

Après de fréquents voyages, un peu partout dans le monde, qui me permettent des comparaisons valables, il me semble avant tout que nous ne savons pas nous vendre. Pourtant, nos atouts demeurent immenses. Certes, on peut critiquer le service et les prix suisses. Mais le différentiel avec bon nombre de pays comparables est extrêmement faible. Un petit-déjeuner, une chambre de bonne catégorie ou encore un repas sont souvent aussi onéreux dans bien des endroits.

Et diverses régions font le plein, alors que nos hôtels sont à la peine. Mais qu'offriraient réellement de mieux certains endroits étonnamment prisés? Entre rien du tout et pas grand-chose. Au hasard : Las Vegas ( les prairies en espagnol) et son décor de carton-pâte, en plein désert, attire plus de 20 millions de visiteurs chaque année! Il n'y a là-bas strictement rien que nous ne pourrions offrir, c'est-à-dire un concentré d'hôtels, de casinos et de boutiques. Cette «looser city», condensé de très mauvais goût, jouit pourtant d'une réputation mondiale. Autre exemple : le Grand Canyon qui déplace, lui, 4 millions de visiteurs chaque année, essentiellement pour un tour G?en avion ou en hélicoptère. En matière de splendeurs ou de curiosités du paysage, rappelons que nous n'avons rien à envier à personne. Et il est à parier que les amateurs de frisson seraient tout aussi conquis s'ils avaient l'occasion de survoler le Lavaux, le Mont-Blanc, les Dents du Midi, le Cervin et le Glacier d'Aletsch, ce qui prend à peu près le même temps que survoler cette partie du Nevada. Mais encore faut-il que l'offre touristique existe, soit attractive et sache se montrer convaincante également au-delà de nos frontières.

Des pays nous font rouler ou attendre des heures pour «découvrir» une espèce de «cascade pisse-vache» prostatique. D'autres nous montrent des bateaux moins beaux que ceux de nos lacs. Nombre d'endroits ont des festivals d'été anémiques, à côté de ceux de Montreux, Paléo, Avenches, Lucerne et Locarno, ou des fêtes telles que celles de Genève ou Zurich. Nos innombrables musées et expositions présentent des richesses infinies. Nous disposons des meilleurs cuisiniers du monde. Les transports en commun sont nombreux, bien organisés, ponctuels et attractifs en montagne. Les logements pour touristes offrent un très large éventail de prix et de confort, de la cabane de montagne au grand hôtel de luxe, en passant par le camping et les auberges de jeunesse. Le pays n'est ni pollué, ni gravement criminel, ni a priori la cible des terroristes. Et pourtant le nombre de nuitées est modeste, alors que des pays bien moins riches ou à peine sorti de la guère, comme la Croatie par exemple, accueillent de plus en plus de touristes sur leur territoire...

N'est-ce pas tout simplement que nous ne savons pas vendre, de toutes les manières possibles et imaginables, une offre qui mériterait pourtant de conquérir les foules?



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