Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Dimanche.ch   13.10.02

Lettre ouverte
A Monsieur Georges W. Bush, fils de Georges Bush


Vous avez été élu démocratiquement. Enfin presque. Disons plutôt acrobatiquement. Grâce à un système électoral qui permet à un président d’être élu sans disposer de la majorité des voix à l’échelle nationale. Avec le soutien manifeste de votre frère, comme par hasard gouverneur de l’Etat de Floride, qui a arraché la décision de justesse. Avec l’appui financier de vos amis et associés des cartels du pétrole et des armes. Car l’or noir, c’est une affaire de famille chez vous. Non seulement papa y travaillait, mais la plupart des hommes-clés de votre entourage y ont trempé. Ce qui explique mieux votre volonté d’attaquer l’Irak.

Mais je ne vous interpelle pas aujourd’hui pour cela. C’est plutôt pour vous souligner combien vous êtes en bonne compagnie avec les fils de dictateur, devenus eux aussi chefs d’Etat. (Il n’est pas question ici de parler des monarchies.)

Vous devez vous sentir comme un frère avec Kabila, Joseph, fils de Laurent Désiré Kabila, vainqueur du Maréchal Mobutu, mais tout autant inefficace et sanguinaire. Un chef d’Etat juvénile imposé par l’armée, bien entendu non-élu démocratiquement.

Voilà pour l’Afrique noire, mais le Moyen-Orient n’est pas en reste. Bachar el-Assad, fils d’Hafez, qui, entre autres crimes commis dans son pays et au Liban, liquida la totalité de la population de la ville dissidente de Hama, dans les 30'000 morts.

Passons en Asie, en Corée du Nord, Kim Jong il, fils de Kim il Song, un petit tyran, qui aimerait disposer de vos moyens.

En Afrique du nord-Ouest ce sera certainement un jour le tour de Gamal Moubarak, 39 ans, fils cadet de Raïs, 74 ans, placé à la tête du secrétariat chargé de l’orientation du parti prétendument «National Démocrate» et manifestement préparé à la succession.

Un autre personnage est aussi assez intéressant : Heydar Aliez, président de l’Azerbaïdjan, 79 ans, qui est en train de placer son fils Ilham, 40 ans, actuel vice-président de la Compagnie Nationale du Pétrole (il travaille dans le même domaine que vous!) et vice-président du Parti au pouvoir.

Un autre fiston promet beaucoup. Saef al Islam, rejeton de Mouanar Khadafi. Qui, à la tête d’une fondation richissime, libéra les prisonniers occidentaux de Jolo. Lui, sans envahir cette île des Philippines. Seulement avec du cash.

Vous rappelez que vous avez été élu? Bien sûr, bien sûr. Il n’en reste pas moins que vous êtes le fils à papa par excellence.

Cher Président Bush, dites-moi donc :
- N’êtes-vous pas gêné quand votre père vous désigne à l’opinion, suprême argument électoral, comme « un bon garçon »?
- Etes-vous bien sûr de ne pas chercher d’abord à faire mieux que lui en finissant le travail qu’il avait entrepris lors de la première guerre du Golfe?
- Vous êtes-vous demandé une seule fois quelle eût été votre chance de devenir président sans le soutien du clan paternel?
- Vous plaisez-vous en compagnie de ces « fils de »?
- Pensez-vous proposer une de vos filles pour vous succéder?

Je ne vous demande pas d’expliquer votre projet guerrier par un exercice de psychothérapie familiale. Mais je ne suis pas seul à voir en vous l’ombre fragile et dangereuse de Monsieur votre père.



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