Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Dimanche.ch   02.02.03

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la Confédération, Pascal Couchepin.


Monsieur le Président,

Soyons d’emblée très clairs: je suis l’un de vos nombreux admirateurs. Vous êtes l’un des trop rares véritables Hommes d’Etat helvétiques. Permettez toutefois que je réponde à l’une de vos très récentes déclarations télévisuelles «Il n’y a pas de culture suisse».
Tout en n’étant ni chauvin, ni nationaliste, je suis absolument persuadé du contraire. Voici:

1. Pourquoi donc tous les autres pays auraient leur propre culture souvent très diversifiée et pas les Suisses? Parce que notre histoire est trop courte? De toute évidence non. Parce que nous sommes divisés en cantons? Pas plus: les autres disposent aussi de comtés, provinces, et même Länder. Parce que nous réunissons plusieurs langues? Toute l’Afrique est divisée en langues, dialectes, idiomes. L’Espagne pratique comme nous quatre langues officielles. La Chine parle le mandarin et quelque 200 autres langues. L’Inde le hindi, l’anglais et 1600 langues «mineures». La situation de la Suisse n’a donc rien d’original qui impliquerait que nous n’ayons que des cultures cantonales et pas une culture suisse.

2. Nous disposons de deux organes «politiques» qui travaillent bien pour la culture suisse: l’Office fédéral de la culture, qui est sous votre responsabilité personnelle, et une fondation Pro Helvetia (et pas pro Nidwald ou pro Jura) qui s’occupe pleinement de la culture suisse.

3. Lorsque nos artistes font parler d’eux sur le plan mondial, on ne dit pas, Mario Botta, architecte tessinois mais bien suisse, Tinguely, artiste fribourgeois, mais bien suisse. De même qu’on n’aurait pas idée de parler de Nietzsche le Saxois ou de Schiller le Bade-Wurtembergeois. Ils sont Allemands.

4. Les «étrangers» français, allemands, italiens ont déjà tendance à s’approprier nos «artistes», quand ce ne sont pas eux qui oublient leur origine. Doit-on ajouter à la confusion en les réduisant à leur Canton d’origine, la Confédération étant déjà une si petite entité?

5. Ne voudrait-on pas de culture suisse sous le simple prétexte de ne pas avoir à la cofinancer? Ne me faites pas croire que ce serait, au demeurant, une mesquinerie pareille qui motiverait ce refus.

6. Pour tout ce que nous produisons, nous sommes bien contents d’avoir un label suisse. Notre chocolat n’est pas de Broc ou de Neuchâtel, mais suisse. Nos montres ne sont pas de La Chaux-de-Fonds ou de Bienne, mais suisses. Et c’est Suisse Tourisme qui représente notre incroyable diversité touristique.

7. Si nous disposons de 26 drapeaux et hymnes cantonaux, nous avons au-dessus de cela un pavillon suisse, une armée suisse, de nombreuses institutions suisses qui fédèrent cet ensemble. Pour notre avenir, il est évident que c’est de notre intérêt qu’il en soit de même au niveau culturel. D’une part, pour notre cohésion interne, face aux forces centrifuges de l’Europe. D’autre part, pour renforcer notre image à l’étranger.

8. Les arguments qui démontrent que la culture suisse existe bel et bien sont nombreux. Mais ceci n’est pas un livre, seulement une simple chronique!

Monsieur le Président, presque tout aujourd’hui procède d’une double, voire d’une multi-appartenance, y compris la culture. Tout est aussi une question de convention, de conviction, de détermination. Vous connaissant, je suis sûr que vous pourriez facilement être très fier de parler de culture suisse.



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