Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   21.12.03

Menottes au poignets


Il est courant aujourd'hui d'utiliser, pour les justiciables, en particulier en France, les termes de mise en examen , présomption d'innocence , etc. Or, le comportement de la justice et de la police, voire des armées lorsqu'il s'agit des Américains, est, où qu'on se tourne, parfaitement scandaleux sur un point : les prévenus sont présentés menottés à la presse et donc au public.

Parmi les cas innombrables, on a pu voir, récemment, le chanteur Michael Jackson, à l'intérieur d'une prison, menotté dans le dos. Des courtiers de Wall Street, Bertrand Cantat, de Noir Désir, dans un lieu de reconstitution, entouré de policiers, avec des entraves et une chaîne reliées à un policier. A quoi cela rime-t-il? Ces gens risquent-ils de s'enfuir? Tout à fait impossible. Vont-ils frapper les nombreux policiers qui les entourent? C'est pratiquement exclu. Peuvent-ils sortir une arme? Impensable.

Il ne s'agit donc bien que de les humilier, et de changer le cours de la justice, en les présentant d'emblée comme coupables. Comme de futurs coupables. C'est bien sûr tout à fait inéquitable, inacceptable, scandaleux. Où est donc la fameuse présomption d'innocence? On fait subir au prévenu un traitement inquisitoire; il est déjà condamné aux yeux de l'opinion publique.

Si, par la suite, il venait à être par miracle reconnu innocent, cette pratique l'aura traumatisé à jamais.

Il est de bon ton aujourd'hui de se gargariser avec le terme droits de l'Homme . Ces fameux droits ne doivent-ils pas aussi être basés sur le maintien de la dignité des personnes impliquées dans telle ou telle affaire? Bien sûr, bien sûr, lorsqu'il s'agit d'une arrestation mouvementée d'assassins avérés, plus ou moins pris sur le fait, voire de personnes violentes, l'utilisation de menottes s'impose. Mais lorsqu'il s'agit de délits économiques, ou de moeurs, par exemple, pourquoi faudrait-il procéder de la sorte, ce qui représente un attentat à la dignité humaine?

Mais les Américains, de leur côté, en Afghanistan et en Irak, font encore mieux: ils entravent, en plus, les pieds de leurs adversaires supposés terroristes. Ils rajoutent une humiliation complémentaire en leur couvrant la totalité du visage d'un sac, les emballant ainsi, telle une marchandise, les empêchant de voir quoi que ce soit, pendant des heures, si ce n'est des jours. Dans le même ordre d'idée, l'ancien tyran Saddam Hussein est montré la bouche ouverte, comme un animal, au mépris des Conventions de Genève. N'est-ce pas malsain de s'abaisser un moment au niveau de ceux qu'on pourchasse pour leurs crimes? Est-ce que, un seul instant, les services US ont imaginé qu'une grande partie des masses arabes, même si elles ne chérissaient pas le dictateur irakien, ont, à nouveau, ressenti un profond malaise causé par les images présentées?

Oui, bien sûr, la torture physique a reculé, dans les pays occidentaux. Mais il subsiste des pratiques intolérables que nous devons dénoncer.



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