Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   9 octobre 2006

Un musée dont le contenant doit être aussi important que le contenu

Le Canton de Vaud et Lausanne disposent d’un grand projet : réaliser un musée des « Beaux Arts » à Bellerive. Il y a controverse. Michel Thévoz affirme qu’il doit rester à Rumine, enfin débarrassé d’une bibliothèque « universitaire », qui n’a plus rien à faire à cet emplacement. Le bâtiment serait ainsi suffisamment grand. D’autres l’ont vu dans l’ancien Crédit Foncier à Chauderon. Certains disent que seul un grand musée régional, pour Lausanne et Genève, serait une solution raisonnable, pour une si petite région. Le mouvement de défense de Lausanne dit que positionner un musée entre un bain-piscine d’été et un chantier naval agrémenté de roulottes est un mauvais choix. Il préférerait les écuries de Beaulieu, les locaux de la poste à la gare ou le dépôt de locomotives. D’autres encore pensent que nous n’avons pas besoin d’un nouveau musée ou pas les moyens de se l’offrir. Et Yves Aupetitallot, éphémère futur directeur, assène que, ce n’est pas lui qui paie, « les Vaudois ne méritent pas ce musée, il leur est dû »!!! Enfin, et c’est très bien, Anne-Catherine Lyon veut en faire une priorité. (Rappelons, aussi, au passage, que nous avons déjà d’innombrables musées en Suisse, 949, qui sont souvent peu fréquentés).

Analysons la situation, qui est tout à fait claire.

1. Le coût de construction du musée est important, 54 millions pour l’instant. Mais son entretien, son budget d’exploitation, est considérable. Il doit être calculé juste et être connu de tous les contribuables. (Evidemment, en comparaison au coût du futur musée d’Art contemporain d’Abou Dhabi, qui sera le 6è et le plus grand des Guggenheim ce n’est pas grand chose, puisqu’il s’agit, là-bas, de 480 millions de francs suisses, pour 30'000 m2!)

2. Sans grandes expositions de qualité, prestigieuses, régulières, il est absolument impossible d’espérer beaucoup de visiteurs. Et ces expos sont très coûteuses.

3. On ne peut pas concevoir le musée sans un important aménagement de la zone, qui fait actuellement no man’s land. Cela a aussi un coût.

4. Le musée ne peut pas obtenir un succès suffisant avec les fonds actuels et des dons d’oeuvres à venir. Pourquoi? Parce que nous n’avons pas un public régional potentiel suffisant pour les beaux-arts. (Voir, entre autres, l’échec du musée Edelmann à Pully).

5. Le seul moyen d’assurer un grand et régulier impact est de faire venir du public au-delà de nos frontières.

6. La recette est « toute simple ». Ne pas construire un immeuble banal, voire ennuyeux, mais réaliser un musée dont le contenant est au moins aussi attractif que le contenu. Il est indispensable que l’immeuble et les œuvres apporte de la distinction, de l’exclusivité, de l’exceptionnel.

En clair, il nous faut, pour prendre quelques exemples forts, un opéra de Sydney de Utzon, un Guggenheim de Bilbao de Frank Gehry, une pyramide du Louvre de Paris de Leoh Ming Pei, un Beaubourg de Renzo Piano, le KKL de Lucerne, dû à Jean Nouvel, une future Prime Tower de Zürich, celle de Roche de Herzog et de Meuron, à Bâle, une cathédrale d’Evry de Botta, etc. etc., c’est-à-dire un bâtiment qui soit une œuvre en lui-même, dont la photo doit paraître dans les magazines du monde entier, dans 1'000 films, émissions TV, etc.

On ne peut pas engager ce qui serait, au final, entre 60 et 70 millions, sans l’assurance de faire très fort avec un musée remarquable par son architecture originale et novatrice.

Avec un parallélépipède rectangle d’une banalité à pleurer, dessiné par trois Zurichois en mal d’inspiration, ce serait un échec de fréquentation international assuré, ainsi qu’un gouffre financier permanent ! Au cas où on s’entêterait: je prends les paris!>


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