Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   18.01.04

Retour d'Afrique

En 1963, René Dumont titrait déjà, dans un livre apocalyptique: L'Afrique noire est mal partie. Il est facile aujourd'hui, 40 ans plus tard, de constater que la plupart des voyages sur ce merveilleux continent restent très décevants et inquiétants, sur le plan de la prospérité, de la santé, de l'éducation, de l'avenir.

Que peut-on vraiment entreprendre pour espérer faire basculer l'Afrique dans la modernité ? Assurer un avenir décent à sa population, à l'instar de ce qui est partiellement réussi dans une grande partie des pays asiatiques?

Tout d'abord un constat. Un récent voyage en Guinée Conakry montre l'état désastreux d'un pays qui a pourtant un fort potentiel. Avant l'indépendance, il était considéré comme un des plus riches d'Afrique, même plus que la Côte d'Ivoire. Les mésaventures d'un leader désastreux, Sékou Touré, ont certes plongé le pays dans une longue période de léthargie et de dégradation. Mais ce dictateur a disparu, depuis tout de même 20 ans et le pays est resté dans une situation d'extrême pauvreté. Les routes d'autrefois n'ont jamais été entretenues et des tronçons entiers ne permettent plus la circulation.   Le taux d'alphabétisation est faible. Une bonne partie de la population ne parle pas français, ce qui empêche toute formation supérieure. La quasi totalité des Guinéens vit dans la misère. La capitale, de près d'un million d'habitants, est un immense bidonville. Il n'y reste qu'une seule et unique librairie, pratiquement vide d'n?ouvrages. Les seuls bâtiments qui se construisent encore sont des mosquées.

Le cas de la Guinée Conakry est certes extrême, mais non pas unique. Que peut-on faire là et ailleurs? Le salut vient-il de la fameuse société de l'information? A en croire les beaux discours, l'Afrique n'aurait qu'à sauter à pieds joints dans le monde d'internet, afin de franchir un pas décisif dans la modernité et devenir ainsi «économico-compatible». Je crains fort qu'il n'en soit rien. En Guinée, les rares portables ne fonctionnent pas sur l'extérieur. Le réseau fixe, surchargé, est dans un état pitoyable. Même dans les pays mieux équipés, on s'aperçoit que ce sont en majorité des expatriés qui fréquentent les cybercafés. Et l'on voit mal comment les habitants de ces pays, qui n'ont pas les moyens d'acheter des livres, même 4 fois moins chers qu'en Europe, pourraient s'offrir et développer efficacement, et à une large échelle, les outils de la société de l'information .

Evidemment, ce constat est accablant, mais il ne doit surtout pas être désespérant. Ceux qui s'intéressent à l'Afrique doivent rechercher toutes les pistes permettant d'améliorer la situation, même lentement. Avant tout par les Africains eux-mêmes, qui ne peuvent pas seulement incriminer la période coloniale, révolue depuis un demi-siècle. Et rien ne se fera jamais sans changement dans l'éducation et les mentalités.



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