Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   15 juin 2008

Retour à Tirana

Tirana 1982. Un Antonov tchèque m'amène dans un pays fou, celui d'Enver Hoxha, une des dictatures les plus absolues du monde, qui a verrouillé le pays de 1945 à 1990. A 10 km de Corfou et 150 km de Ban. La paranoïa totale: 150 000 bunkers construits en quinze ans, mangeant le tiers du produit d'un pays maintenu pauvre. Un régime effroyable qui rejeta le communisme de Khrouchtchev, le considérant comme trop mou et qui continua à adorer Staline après sa disparition. Puis Mao, à qui il offrit une base navale européenne!
Des fortins dans les montagnes, partout, mais aussi des tunnels géants, dignes d'un film de James Bond. Pour tout le pays, pas de voiture, à part quelques jeeps chinoises et des limousines pour une minuscule nomenklatura dissolue. Et dans mon avion, pour rejoindre ce paradis, une délégation de militants helvétiques communistes venait aider à la construction d'un chemin de fer...

Je retourne en Albanie, en 1988, Hoxha est mort depuis trois ans mais son successeur, Rarriz Alia, est totalement manipulé par sa veuve.
Aujourd'hui, tout n'est pas rose. Le pays des aigles («Shqiperia» en albanais) est devenu celui des Mercedes. Il n'y a pas de pays au monde avec autant de chantiers, au point de balafrer des splendides bords de mer. Le premier ministre Sali Berisha me raconte son projet le plus cher: terminer pour l'an prochain l'autoroute Pristina-Durrës, donnant ainsi au Kosovo un accès à la mer. On y construit aussi des mosquées, mais la peur d'un Etat musulman en Europe est infondée, l'islam étant carrément éradiqué du pays.

La diaspora (700 000 Albanais en Grèce, 400 000 en Italie) est précieuse pour construire de zéro un état vitrifié pendant un demi-siècle, ne ressemblant plus guère au pays du «Sceptre d'Ottokar» de Tintin.


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