Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Dimanche matin   4 septembre 2005

Trop c'est trop

Il y a peu, Monsieur Frédéric Jauslin, directeur de l'Office fédéral de la culture, relevait qu'il y avait trop de musées en Suisse. Ils sont passés de 200 à plus de 800 en 20 ans... Nous pouvons observer très clairement qu'il en est ainsi dans d'innombrables domaines. Il y a trop de voitures sur les routes, en particulier à certaines heures et les villes ont sans aucun doute trop d'offres pour la plupart des types de commerces : trop de restaurants, trop de cinémas, trop de coiffeurs, trop de boutiques, etc. Mais fondamentalement, où est le problème? Faut-il agir et non pas attendre une forme d'autorégulation?

Pour les musées, la question est fort simple: soit ils ont suffisamment de visiteurs et des coûts modestes, soit ils ont besoin de subventions communales, cantonales, fédérales ou de sponsors. S'ils n'obtiennent pas satisfaction par les entrées ou par les aides, ils seront condamnés à disparaître ou, pourquoi pas, à se fondre, lorsque c'est possible, dans une unité plus importante.

En ce qui concerne le trafic, les usagés sauront, s'ils ne circulent plus convenablement, se regrouper ou prendre le train, ou encore choisir tout simplement d'autres horaires pour se déplacer.

Au sujet des commerces, ceux qui sont en adéquation avec le marché se maintiendront. D'autres disparaîtront. Finalement, quoi de plus normal? Tout se meurt un jour. Et pourquoi donc les magasins, les cafés, et les salles de spectacle échapperaient à cette règle?

En tant qu'éditeur, on entend souvent nos partenaires libraires ou leurs clients relever qu'il y a trop de livres qui sortent chaque année. La rentre littéraire de septembre s'annonce sous les mêmes auspices: il y aura pléthore de nouveaux romans et trop d'auteurs inconnus qui signent leur première oeuvre sans avoir de véritable chance de percer. Les journalistes, quant à eux, recevront d'innombrables services de presse et ne pourront chroniquer qu'une infime partie des oeuvres qui s'entassent sur leur bureau.

Y a-t-il donc saturation de publications? Peut-être, mais faut-il s'en alarmer pour autant?

Non, la liberté de créer se doit d'exister. La « régulation » se fera bien sûr de manière subjective, par le choix du critique littéraire, du libraires et du bouche-à-oreille. Il n'y a pas d'autre solution car fixer des quotas pour limiter l'offre culturelle, ou toute autre offre commerciale, ce serait encore plus arbitraire, voire dangereux. Et surtout, ne vaut-il pas mieux la profusion que la pénurie ?Ceux qui, comme moi, ont connu l'Albanie ultra communiste et fermée d'Enver Hodja peuvent l'affirmer...



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