Pierre-Marcel Favre : parcours personnel


Matin dimanche   13.11.05

VOLS ET AGRESSIONS :
LES CHIFFRES QUI FONT MAL



Nos excellents policiers et gendarmes, ainsi que leurs autorités politiques, nous présentent régulièrement leurs statistiques de la délinquance.

Ils se veulent, généralement, plutôt rassurants. Mais il y a un petit problème: les chiffres fournis sont complètement faux! La preuve par une vaste enquête française démontrant que les délits dénoncés ne représentent qu’une fraction de la réalité. Certes, nous ne vivons pas dans l’hexagone. Et pourtant tout montre qu’ici aussi les victimes ne portent pas systématiquement plainte.

D’abord les faits: une étude inédite de l’Observatoire national de la délinquance (OND) et de l’Institut national des statistiques et des études économiques (Insee) auprès de 25'000 personnes révèle en effet que pas moins de 4,5 millions de ménages – soit 18% du total – déclarent avoir été, l’année dernière, confrontés au vol ou au vandalisme.

L’OND donne un coup de projecteur sur les vols de portables que les 14 ans et plus déclarent avoir subis, avec ou sans violence. Estimé à 620'000, leur nombre est trois fois supérieur à celui qu’affiche officiellement la police. Dans 57% des cas, les vols ;?ne font pas l’objet d’une plainte. Ce non-signalement des faits aux autorités concerne par ailleurs 82% des actes de destruction ou de vandalisme.

Les injures, menaces et violences sont souvent le fait de personnes connues de la victime, note l’OND. Le taux de plaintes pour insultes ou menaces ne dépasse guère les 10%. Ce qui veut dire 90% de non-déclarations. Il grimpe à peine à plus de 30% pour les violences physiques. Une systématisation des dépôts de plaintes entraînerait mécaniquement un triplement des statistiques officielles.

Une fois encore, nous vivons dans un autre pays, même si c’est notre voisin. Mais en Suisse aussi, par lassitude ou par peur, on ne s’adresse pas systématiquement à la police en cas de vols, menaces ou déprédations, à moins de devoir obtenir un rapport pour l’assurance...

Ajoutons à cela une constatation tout aussi grave: le taux catastrophique de résolution des délits. Il est impossible à obtenir précisément, en partie à cause de la segmentation des infractions. Ni de l’office de la statistique, ni de l’institut de criminologie, ni de la justice, ni de la police. Il est pourtant plus qu’intéressant. Ceux qui ne respectent pas la loi, sont-ils appréhendés? Le taux d’arrestation des délinquants après dépôt de plainte est extrêmement faible. Un insider l’estime à maximum 20%!

Conclusion, pour simplifier: le crime est plutôt payant, puisque l’addition des non-dénonciations et non-résolutions montre que, dans la plupart des cas, les petits ou grands voleurs, voyous ou criminels, ont 95 chances sur 100 de ne jamais se faire prendre...



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