Pierre-Marcel Favre : parcours personnel

Le Matin   vendredi 19 octobre 2007

Acheter un livre est un acte d'amour!

L'éditeur Pierre-Marcel Favre fête la parution de son millième ouvrage. Egalement patron du Salon du livre de Genève, il veut croire que le livre ne disparaîtra jamais...

Grégoire Duruz - 18/10/2007   Le Matin

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◊ Vous venez de publier votre millième ouvrage. Mais est-ce que les gens ont encore envie de livres, aujourd'hui?
Bien sûr! Le livre marche bien. Regardez... Le nombre d'ouvrages qui paraissent augmente, et le chiffre d'affaires des librairies aussi.

◊ Mais les jeunes, les lecteurs de demain, sont plus Internet ou journaux gratuits que bouquin, non?
Je n'ai pas de statistiques précises. Mais le livre de poche marche toujours très bien, y compris chez les jeunes. Les romans américains aussi. Il n'y a pas que les adultes qui achètent des livres. Chez Payot le samedi matin, allez voir, c'est plein de jeunes! Cela dit, il y a toujours eu des gens qui n'achètent jamais de livre.

◊ Donc tout va bien sur le marché du livre?
Non, dire cela, ce serait exagéré. On ne peut pas nier un phénomène de concentration. Sur le marché francophone, vous avez deux grands groupes ultradominants, Hachette et Editis, qui sont présents à tous les niveaux: édition, distribution, journaux. L'un d'eux possède même quasi tous les kiosques. Cela fragilise un peu les petits acteurs.

◊ Et cela entraîne un intérêt concentré sur une dizaine de livres-événements, au détriment de la diversité...
C'est vrai que les J.K.Rowling ("Harry Potter") ou J. Littell ("Les bienveillantes") sont des phénomènes. Ils contribuent évidemment au chiffre d'affaires global, mais aussi à la lecture en général. Il faut voir qu'ils incitent à lire autre chose.

◊ Au-delà des best-sellers surmédiatisés?
Oui. (Pierre-Marcel va chercher une coupure de presse sur son bureau.) Regardez... Les Editions Anatolia, vous connaissez? Moi pas. Et l'auteur Curt Leviant? Moi pas. Eh bien, son dernier livre a déjà été vendu à plus de 50 000 exemplaires. Ça montre que tout est possible. Le bouche-à-oreille fonctionne très bien. Il y a des livres qui s'en sortent sans couverture médiatique.

◊ Vous êtes un battant, vous avez lancé un magazine critique antiaméricain il y a deux ans...
Pas antiaméricain!

◊ D'accord, anti-impérialiste, alors. Vous vous sentez l'âme d'un cow-boy qui défend certains principes?
Surtout pas d'un cow-boy. Pour rappel, ils ont contribué à massacrer les Indiens.

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◊ Bon... Zorro du livre, ça vous va?
Si ça vous amuse... C'est vrai que la cause du livre et de la lecture me passionne. Et je souhaite la plus grande diversité. Le moyen d'appuyer les libraires, c'est de les fréquenter! C'est cela mon appel au public. L'acte d'achat d'un bouquin, c'est un acte d'amour fou. Aller dans une librairie et poser 30 balles sur la table, c'est géant! Le Salon du livre est là, justement, pour montrer aux jeunes que le livre, ce n'est pas ennuyeux, poussiéreux et passéiste, mais qu'il a un avenir. Qu'il est ludique est distrayant.

◊ A tel point qu'après le dernier Salon du livre que vous avez organisé, des éditeurs se sont plaints de vivre plus une foire commerciale qu'un salon de passionnés de littérature...
Ça n'est pas vrai! Là, je m'insurge... (Le ton monte.) Les quelques grincheux qui existent ne sont représentatifs de rien du tout! Chaque année, les sondages que nous effectuons indiquent un très large plébiscite du salon par les visiteurs et les exposants. Mais bien sûr que si on cherche oû que ce soit le gramme de poussière, on trouvera toujours le gramme de poussière! Même chez l'excellent restaurateur Rochat, on trouvera toujours des mécontents! Maintenant, c'est clair qu'il y a un certain nombre d'éditeurs qui ont des difficultés et qui sont dans des situations, disons... amères.

◊ En 2107, dans cent ans, on feuillettera toujours des livres en papier?
Comme je suis sérieux, je ne peux pas répondre à cette question. (Sourire.) Mais oui, il y a toutes les chances que le livre classique existe. Même à côté de livres électroniques, un jour. On annonce la mort du livre depuis tellement longtemps... Les choses ne s'excluent pas, c'est basique. L'apparition du cinéma n'a pas tué le théâtre, la télévision n'a pas tué le cinéma et ainsi de suite.

◊ Combien de livres par semaine lisez-vous?
En tant qu'éditeur, je parcours un nombre géant de manuscrits, entre cinq à dix par semaine. Et, quand je voyage, je lis des livres pour mon plaisir. J'achète chaque mois une dizaine de livres au moins, même si je n'arrive pas à tous les lire.

◊ Le livre que vous avez adoré cette année?
Une biographie de Mao Tsé-toung en 800 pages, écrite par un Anglais, du nom de Jon Halliday. Tout à fait extraordinaire!

◊ Et votre plus grande fierté, aux Editions Favre!
C'est une question piège... Peut-être "La marche aux enfants" d'Edmond Kaiser. Il avait une écriture extrêmement fine et originale, et son parcours personnel était exemplaire. L'ouvrage s'est vendu à 30 000 exemplaires au moins.

◊ Des regrets aussi? J'imagine qu'on ne sort pas indemne de trente-six ans d'édition et 1000 ouvrages...
Je suis encore intact! (Rires.) Non, sincèrement, je n'ai aucun regret. A quoi est-ce qu'ils servent?

◊ Des déceptions, alors, quand un bouquin ne remporte pas le succès escompté?
Oui, c'est ça. Des déceptions... On s'implique, on espère à chaque fois. Et si ça n'aboutit pas à un succès d'estime, c'est ennuyeux.

◊ Un mauvais souvenir?
Prenez la meilleure cuisinière du monde, l'Italienne Nadia Santini. Ses recettes ont fait un carton dans son pays. Et notre livre s'est vendu à... 500 exemplaires!


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