Pierre-Marcel Favre : parcours personnel

24heures  Samedi-dimanche 12-13 février 2011   J’ai toujours rêvé d’être

Les livres, le ciel... deux vies curieusement semblables
Pierre-Marcel Favre et Antoine de Saint-Exupéry, frères de passions, fous de voyages lointains

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L'éditeur se glisse sans peine dans le personnage de Saint-Ex: tous deux partagent la même fureur de découvrir. Séance d'habillement en aviateur des années 20, avec le concoursde Rosi Morilla et des ateliers de costumes du Théâtre Vidy-Lausanne.

Pierre-Marcel Favre a hésité avant de désigner Saint-Ex comme personnage fétiche dont il pourrait se sentir proche. Mais son état d’écrivain-aviateur a fait la différence. Certes, Saint-Exupéry est né en 1900, Favre au milieu du siècle passé. L’un, Français et aristocrate fauché. L’autre, éditeur issu de la bonne société lausannoise. Il n’empêche que les deux parcours révèlent de troublantes similitudes.

Saint-Ex remporte le prix de narration du lycée. Favre reçoit une récompense du même genre pour un texte sur l’aviation et décroche en prime son premier vol à l’aérodrome de la Blécherette. Antoine quitte les frères de Notre-Dame de Mongré et part chez les marianistes de la Villa Saint-Jean à Fribourg, canton d’origine de Pierre-Marcel Favre. Saint-Exupéry rate l’Ecole navale et s’inscrit en architecture à l’Ecole des beaux-arts. Favre suit les cours d’architecture de l’Ecole supérieure technique. Saint-Ex devient mécanicien en 1921 à Strasbourg et prend des cours de pilotage à ses frais. Favre apprend à piloter à 17 ans avec Geiger, le «pilote des glaciers».

Saint-Exupéry travaille comme représentant de l’entreprise suisse de camions Saurer. Le père de Favre est directeur d’un garage. Notre écrivain est affecté à Casablanca en 1922. Pierre-Marcel Favre obtient sa carte de l’Aéro-club royal de Casablanca à 20 ans. Saint-Ex voyage en Patagonie, à Moscou, en Egypte, au Sénégal… Favre a lui aussi fréquenté ces lieux – comme plus de cent autres pays d’ailleurs.

L’écrivain s’arrange pour acheminer à tout prix le courrier qu’il transporte sous d’autres latitudes. Pierre-Marcel Favre «sauve» en 1974 le Festival du film de Locarno en s’envolant en petit avion par le col du Simplon pour remettre à temps des bobines françaises aux organisateurs.

Pierre-Marcel Favre, pas de doute, les points communs avec Saint-Exupéry ne manquent pas…

J’ai passé une licence professionnelle de pilote. J’ai également fait du vol de nuit, fameux titre de Saint-Ex paru en 1931. Et le Sahara, qui a inspiré à l’auteur son best-seller humaniste Le Petit Prince, en 1943, je l’ai connu à 18 ans, à la fin de la guerre d’Algérie, en allant visiter Hassi Messaoud, où j’ai découvert un ciel étoilé incroyable…

Et si on parlait des valeurs auxquelles il croyait: honnêteté, respect d’autrui notamment. Comment réagissez-vous à cela?

Vous évoquez un mot essentiel, les valeurs. Pour moi, les principales sont, osons le mot, traditionnelles: l’amitié, la fidélité, le travail, la curiosité, la culture, l’universalisme. Vous me donnez une deuxième page d’interview et je vous explique…

Sa mère, Marie, lui a transmis un humanisme qu’il cultivera toute sa vie. Qu’en est-il pour vous?

Mes parents ont toujours insisté sur la droiture. C’est essentiel dans la vie d’avoir une ligne, une colonne vertébrale.

Consuelo, sa femme, a été son seul et grand amour. Vous semblez beaucoup plus séducteur…

Que sait-on de la vie intime de Saint-Ex? Les grands hommes nous cachent souvent pas mal de secrets. Et voulez-vous me faire avouer que je ne déteste pas la compagnie des belles femmes?

Saint-Ex a dû accepter plusieurs petits emplois pour payer ses études. Je crois savoir qu’après vos cours vous travailliez aussi…

C’est vrai, j’ai touché à toutes sortes de petits boulots. A la gare de Lausanne notamment, où j’ai chargé les wagons postaux. J’ai ensuite passé le permis de taxi, ce qui me permettait d’étudier la journée et de gagner de l’argent la nuit (tout comme, par exemple, mon ami Pierre Keller). Je faisais des nuits entières avec une Mercedes 190 Diesel, à une époque où les gens fumaient dans les taxis et étaient souvent bourrés!

Le nombre d’accidents qu’a subi le grand aviateur est tout simplement colossal. Cela lui a même été fatal puisqu’il a disparu en mer au large de Marseille. Qu’en est-il pour vous?

De mon modeste côté, je me suis retrouvé une fois en panne de moteur alors que j’emmenais le groupe musical des Faux Frères entre Zurich et Paris. Nous avons finalement pu nous poser sur une base aérienne française, à Luxeuil, en 1967. Bien plus tard, en 1984, entre la Guadeloupe et la Martinique, seul à bord, je ramenais un Cherokee à Fort-de-France. La météo exécrable m’a fait assez longtemps penser que jamais je n’atteindrais ma destination. Mais sur les plus de 2600 vols que j’ai effectués, c’est finalement peu de chose.

Vous n’avez jamais voulu écrire des livres?

Pas vraiment. Je compense en publiant: 1200 ouvrages à ce jour. Pour l’écriture, je me contente de rédiger quelques articles de presse.

Et votre dernière aventure avec Le Petit Prince

Parlons-en. Parmi les œuvres de Saint-Exupéry, Le Petit Prince (vendu à 80 millions d’exemplaires), je le trouve très beau, mais un peu naïf. Cela dit, lorsque Jean-Marc Probst m’a proposé de l’éditer en langue somali, je me suis enthousiasmé au point de considérer comme impératif de partir avec lui au Somaliland afin de livrer à la ministre de l’Education sept valises contenant un stock de 500 exemplaires du Petit Prince. Nous voilà donc embarqués à bord d’un vol avec un Antonov complètement pourri, depuis le Djibouti, qui a vu, en son temps, passer un autre écrivain célèbre: Arthur Rimbaud…

 


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